Pour le troisième chapitre de sa trilogie consacrée à l’histoire de la misogynie, l’artiste catalane de 38 ans Laia Abril propose bien plus qu’un simple accrochage photographique. « On Mass Hysteria » se veut avant tout une expérience immersive. Au rez-de-chaussée du BAL, les quatre murs repeints en noir pour l’occasion propulsent le visiteur dans un autre espace-temps. Ici règne une atmosphère de recueillement propice à l’étude des 68 dossiers accrochés au mur, soit le travail colossal de recherche effectuée par l’artiste chercheuse. Les cas d’hystérie de masse étudiés s’étalent dans le temps et l’espace, du XVe siècle à aujourd’hui, de l’Inde en passant par l’Afrique du Sud, les États-Unis et la France, nul n’est à l’abri de ce qui s’avère être – si l’on en croit les dires de psychologues spécialistes – les conséquences de corps trop longtemps soumis à l’abaissement et à la soumission hiérarchique qui tentent de reprendre leurs droits. Laia Abril a fait le choix d’explorer artistiquement trois cas, ainsi répartis dans trois boîtes noires sur le plateau. Il suffit d’y pénétrer pour se laisser guider par cette installation qui confine au réalisme magique. Une boucle audio diffuse les entretiens des protagonistes, victimes, parents, entourages, qui s’accompagnent de photos mystérieuses en noir et blanc, traduction imagière de l’artiste : pieds de poulets, mains, vierge Marie… Devant chaque box, un triptyque de photomontages, avec une citation insérée en rouge reprenant les mots des officiels (médecins, politique, presse…) sur ces mêmes cas. Qu’on se le dise, si en 2012 la réponse du neurologue David G. Ichter au cas n° 3 concernant l’épidémie de tics survenue dans un lycée des États-Unis est : « Females may also be more suggestible than males », l’œuvre de Laia Abril n’est pas près de devenir obsolète.
« Laia Abril. On Mass Hysteria, une histoire de la misogynie », au BAL jusqu’au 18 mai 2025.
le-bal.fr

© Courtesy de l'artiste et Le BAL.