Voici une énigme à poser au sphinx : pourquoi le dessin est-il aujourd’hui tellement en vogue, au point de bénéficier de plusieurs rendez-vous spécialisés, alors que, dans le même temps, jamais nos contemporains n’ont aussi peu dessiné ? La faute au téléphone, qui croque tout à notre place ? La faute à nos emplois du temps, bourrés jusqu’à la gueule ? La faute aux papeteries, qui ferment ? Plutôt que d’accumuler les excuses, ne s’agit-il tout simplement pas d’une moderne incapacité à regarder ? D’un manque de curiosité pour le monde qui nous entoure ? Car si le dessin est l’apanage des grands artistes, qui s’en servent pour des esquisses, des croquis d’ambiance ou des œuvres complexes, il est aussi à la disposition du commun des mortels pour figer une idée, une vision, une émotion de voyage… Les événements de qualité qui rythment l’arrivée de la belle saison – le Printemps du dessin dans toute la France, le jeune Festival du dessin à Arles ou les foires très établies que sont le Salon du dessin et Drawing Now à Paris – montrent l’extraordinaire diversité qu’autorise le médium. Aujourd’hui, loin de se cantonner à la feuille, il flirte parfois avec la performance, la sculpture, la vidéo, voire la gastronomie, se déployant sur les écrans ou au fond des assiettes, multipliant les matériaux - fil de soie, métal, pétales, joncs et tiges de graminées... Parcourir les allées des salons est une source d’inspiration permanente, une stimulation irrépressible, un véritable pousse-au-crime ! Ne sentez-vous pas votre œil qui furète, votre poignet qui tremble, vos doigts qui vous démangent ? À vos crayons !