De certains projets anciens, Lucie Douriaud garde un arrière-goût de remords, regrettant s’être occasionnellement approvisionnée « en nature ». La sphaigne fraîche prélevée en forêt y aurait, dit-elle, mieux survécu qu’à l’atelier. Les galets et coquillages ramassés sur les plages, nécessaires au maintien du littoral, seront supplantés par des coquilles issues de repas. La terre récoltée sur des taupinières, puis tamisée et compactée en forme de sillons mécaniques sur des lits de plâtre, aurait pu nourrir encore quelque végétation. L’éclosion surprise de graines résiduelles dans ces labours hors-sol en confirmera d’ailleurs la fertilité contrariée. Intitulée Arable (2017), cette sculpture de terre comprimée évoque les parcelles et serres d’Almerìa, en Andalousie, véritable mer de plastique où sévit une agriculture intensive accélérant l’érosion des sols. L’engagement écologique de l’artiste aurait ainsi pu l’amener à simplement « démissionner de l’art ». Diplômée de l'École nationale supérieure d'art de Dijon et de l’École des Arts Décoratifs de Paris, Douriaud a choisi cependant de continuer à produire, en renonçant aux ressources à épargner au profit de celles à retraiter.
L’artiste naît en 1992, l’année où est votée en France la loi Royal qui oblige les entreprises à trier leurs déchets. Les déchetteries se multiplient alors. À la différence du vrac monstrueux des décharges, on y classe les déchets par typologies de matériaux. L’artiste en est une grande amatrice, s’inscrivant dans la lignée des « Garbage Girls » que décrit Lucy Lippard en 1991, avec comme cheffe de fil l’artiste Mierle Laderman Ukeles. En 1969, celle-ci proclamait un « art de la maintenance » afin de faire reconnaître la nécessité vitale, bien qu’invisibilisée, de ses propres tâches domestiques comme de celles des éboueurs et des…