La réponse est tombée le 21 février 2025. À l’issue d’un concours de neuf mois ayant vu s’affronter plus de 60 agences internationales, le British Museum annonçait que l’architecte franco-libanaise Lina Ghotmeh était retenue pour réaliser la rénovation de l’aile ouest du musée londonien. De quoi provoquer un léger séisme dans la profession, puisque la femme de 44 ans venait de s’imposer face à quelques mastodontes du milieu, parmi lesquels l’octogénaire néerlandais Rem Koolhaas et le septuagénaire britannique David Chipperfield. En 2000, Norman Foster, alors âgé de 56 ans et récipiendaire l'année précédente du prestigieux Pritzker Prize, avait rénové la Great Court de l'institution, la recouvrant d’un imposant toit en verre pour la transformer en plus grande place publique couverte d’Europe. Vingt-cinq ans plus tard, c’est une figure émergente de l’architecture internationale qui a été choisie pour réaliser une partie conséquente de l’ambitieux « Masterplan » du musée fondé en 1753, censé le faire entrer dans le XXIe siècle.
La consécration de Lina Ghotmeh serait-elle annonciatrice d’un changement d’ère ? Bien qu'elle n’en soit pas à sa première réalisation patrimoniale d’envergure (extension du musée d’histoire naturelle de Copenhague, modernisation du Museum am Rothembaum d’Hambourg, conception du musée national estonien de Tartu…), sa nomination semble faire souffler un vent de renouveau dans le cercle très fermé de la starchitecture.
Starification et univers masculin
Contraction de « star » et d’« architecture », « starchitecture » est devenue une expression courante dans le jargon. Elle est apparue dans les années 1990 et été popularisée avec l’inauguration, fin 1997, du Guggenheim Museum de Bilbao réalisé par Frank Gehry. S’inscrivant originellement dans un large plan urbanistique censé revivifier le tissu économique et culturel d’une région industrielle en souffrance, le musée est immédiatement devenu l’emblème d’une architecture démonstrative, s’illustrant dans une débauche de moyens et de formes et drainant à lui seul de colossaux flux de visiteurs. Au point d'engendrer une autre expression, celle de « Bilbao effect », pour désigner ces constructions architecturales spectaculaires (et leur « wow factor ») qui véhiculent une forte charge symbolique et deviennent en elles-mêmes de véritables attractions touristiques. Ces édifices extra-ordinaires sont généralement conçus par des starchitectes qui y apposent leur signature forte, singulière et reconnaissable entre mille. Dans l'ouvrage Starchitecture(s). Figures d’architectes et espace urbain qu’elles ont codirigé, Maria Gravari-Barbas et Cécile Renard-Delautre, soulignent que…