Récemment plusieurs expositions d’envergure ont redonné de la lumière à l'œuvre d’Artemisia Gentileschi, notamment à la National Gallery de Londres (2021), au Palais Barberini de Rome (2022) et à la Galleria d'Italia à Naples (2023). Comment vous distinguez-vous de ces propositions ?
Patrizia Cavazzini : Nous montrons comment Artemisia Gentileschi est perçue par ses contemporains, et rappelons qu’elle est une peintre qui a connu un grand succès dans les cours européennes pour ses nus audacieux et ses mises en scène de figures héroïques. Certains aspects de sa chronologie, extrêmement complexe, sont clarifiés, en particulier la fin des années 1610 et le début des années 1630. Étant donné que son catalogue ne cesse de s'enrichir, nous présentons également un certain nombre d’œuvres récemment attribuées.
Maria Cristina Terzaghi : L'exposition se penche particulièrement sur la manière très personnelle d'Artemisia Gentileschi de lier passion et mort, Éros et Thanatos. Nous montrons aussi son talent de portraitiste, en réunissant des toiles qui n’avaient encore jamais été présentées ensemble.
Les deux premières salles évoquent l’importance de ses années de formation auprès de son père Orazio Gentileschi, puis l’éclosion de son talent et son émancipation. Comment aborder cette période charnière ?
P.C. : Comme c'est le cas pour la plupart des apprentis, les premières œuvres d'Artemisia Gentileschi sont basées sur l'exemple du maître, dans son cas son père. Dans le même temps, elle ressent fortement l'influence de Caravage (dont elle copie les œuvres et qui est un ami d'Orazio Gentileschi, ndlr). Pour mieux comprendre ses débuts, nous combinons des toiles bien connues avec d'autres qui le sont moins. Une petite tête de la Vierge est par exemple présentée comme une œuvre d’adolescence, et nous proposons une datation plus précoce pour le David avec la tête de Goliath, qui avait été exposé en tant que peinture de la période napolitaine, plus tardive.
M.C.T. : Son père, qui a beaucoup œuvré pour le…