L'exposition « Pays bassari » (jusqu'au 8 septembre) s'inscrit dans une série d'accrochages que le Musée dauphinois, à Grenoble, consacre à des régions du monde et à leurs populations : Tibet en 2009-2011, Inuit en 2016-2017, Japon en 2018-2019. Elle s'ouvre avec une introduction historique sur le territoire bassari, à cheval entre le Sénégal et la Guinée, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en 2012, et ses cinq minorités culturelles : bassari, bedik, coniagui, malinké et djallonké, soit environ 30 000 personnes. On y explique le système des classes d'âge, qui régit l'ensemble des relations sociales, puis sont présentés l'habitat et la vie quotidienne, ainsi que le cycle annuel rythmé par l'alternance entre saison sèche et saison humide. Dans la dernière section figurent des œuvres d'art contemporain issues de la collaboration entre artistes de l'Isère et du Sénégal. On peut y voir le casque de Djibril Dramé, qui fait référence aux conducteurs de motos dangereuses dites « Jakarta », les céramiques de la Franco-Sénégalaise Imann Gaye, qui réactivent des savoir-faire traditionnels, ou les masques « mutants » du collectif isérois Culture Ailleurs. De nombreuses installations audiovisuelles jalonnent l'exposition, servie par une scénographie poétique et colorée de Héloïse Thizy Fayolle (Inclusit Design), qui évite l'écueil d'une approche folklorique.
Renouer la confiance avec les communautés sources
L'exposition a lieu dans le cadre de la coopération qui unit depuis 2016 le département de l'Isère et le département sénégalais de Kédougou, où une itinérance est prévue plus tard en 2025. « Aujourd'hui, on ne peut plus traiter des cultures et de l'histoire africaine en excluant les Africains », indique Olivier Cogne, directeur du Musée dauphinois et co-commissaire de l'exposition. Pas de conseil scientifique, mais un groupe de travail associant des profils issus de la recherche académique et les communautés sources, sous la houlette des commissaires Malick Ndiaye, directeur du musée Théodore Monod d'art africain de l'Institut fondamental d'Afrique noire (IFAN), et Aimé Kantoussan, directeur de la recherche au Musée des Civilisations noires de Dakar. L'équipe a travaillé avec l'Association des minorités ethniques, qui représente les populations bassari au Sénégal. En plus des 97 pièces prêtées par les musées de l'IFAN et du Quai Branly, un groupe de 51 objets est issu de la collecte effectuée entre 2020 et 2024 auprès des populations locales, qui ont relu, amendé et parfois corrigé les contenus.
C'est de cette collaboration qu'est née l'idée d'une vitrine vide. À la demande des populations bedik, le musée a renoncé à exposer un masque sambubu. Olivier Cogne explique : « Compte tenu de son caractère sacré et de sa puissance, nos partenaires nous ont demandé de ne pas l'exposer, indiquant que nous leur ferions “prendre des risques”. » Seules quelques photos et vidéos sont montrées, avec l'accord des communautés. C'est Malick Ndiaye qui a proposé de laisser vide le socle qui devait l'accueillir et d'ajouter un cartel expliquant la démarche. L'idée a séduit l'équipe du musée, car « elle est à la fois pédagogique pour les publics, et respectueuse des traditions et de la volonté exprimée par les populations », explique Olivier Cogne.
Experts de leur culture
L'initiative du Musée dauphinois s'inscrit dans la pratique de la muséographie participative propre aux musées de société et aux écomusées. Olivier Cogne précise : « Quand nous faisons une exposition, nous la concevons avec les premiers concernés, quel que soit le sujet. » La co-construction demande du temps et de la patience pour établir un climat de confiance entre l'institution et les communautés sources. « Elle suppose d'accepter la contradiction et de reconnaître aux habitants ce rôle d'experts de leur culture », ajoute Olivier Cogne. Dans un reportage vidéo produit par le musée, Malick Ndiaye témoigne : « Nous avons été consultés et étroitement associés à toutes les étapes de l'exposition. Ce n'est pas un projet imposé comme on le voit parfois dans la coopération culturelle internationale, surtout entre l'Europe et l'Afrique. » Et d'ajouter : « C'est un projet expérimental qui nous a permis de tester de nouvelles approches des relations institutionnelles. S'il y a une leçon à retenir, c'est que la recherche partenariale est importante pour le devenir de nos musées, surtout dans un contexte secoué par la question des restitutions. Il nous faut penser une nouvelle muséologie. »
Ailleurs, le musée de Boulogne-sur-Mer collabore avec les Premières Nations d'Alaska pour documenter sa collection de masques de l'Arctique. Il accueillera prochainement une donation d'œuvres d'art contemporain autochtones, qui rejoindra le parcours permanent. Le Mucem est également familier de la démarche, ayant eu recours à des comités d'expertes et experts extérieurs pour « VIH/sida, l'épidémie n'est pas finie ! » en 2021-2022, ou « Barvalo » avec les populations romani en 2023. De son côté, le Quai Branly a travaillé avec des chercheuses et chercheurs africains pour concevoir l'exposition « Mission Dakar-Djibouti (1931-1933). Contre-enquêtes », qui ouvre ses portes le 15 avril prochain.

Coll. Malick Ndiaye.

Coll. Musée dauphinois – Département de l’Isère.

Coll. Musée dauphinois – Département de l’Isère.

Coll. Musée dauphinois – Département de l’Isère.

Coll. Musée dauphinois – Département de l’Isère.


Coll. Musée du quai Branly – Jacques Chirac, Paris Donateurs Hélène Leloup et Philippe Leloup.

Coll. particulière.

Coll. IRD-Olivier Barrière.

Photographie de Julien Masson.

Scénographie bGc studio, mai 2023 – Aldo Paredes, Mucem.

Scénographie bGc studio, mai 2023 – Aldo Paredes, Mucem.