Si la transition écologique n’est plus un sujet neuf en musées, le déploiement de pratiques d’écoconception homogènes dans la conception des expositions, ainsi que la gestion des bâtiments et des collections, est un enjeu majeur.
Les initiatives individuelles font florès. Pionnière en la matière, la Société des musées du Québec (SMQ) s’est donnée pour ambition depuis sa charte sur l’écologie, adoptée en 2012, de rassembler un ensemble de références, outils, témoignages, et pratiques exemplaires sur l’écoconception pour outiller et inciter les professionnels à passer à l’action. Consciente de l’inégalité des capacités des musées à relever le défi, l’association a développé une offre technique priorisée vers les plus petits d’entre eux. « La taille des musées est l’une des problématiques, abonde Laurence Périllat, cofondatrice des Augures, entre des grands établissements au budget dédié et d’autres qui n’ont pas les moyens de se faire accompagner, de se former, de résoudre des problématiques techniques nécessitant une expertise précise. Je crois beaucoup à la notion de réseau, parfois impulsé par les collectivités locales, pour accentuer la coopération entre les établissements. »
Homogénéiser les modes de calcul de l'impact carbone
En France, Paris Musées a recruté un « énergie manager », qui a mis en place en 2021 un contrat de performance énergétique au Petit Palais et développe aujourd’hui un calculateur d’impact carbone, transposable à terme à d’autres institutions. Ce type d’outil est développé au SMQ, tandis qu'ICOM France met en place un référentiel carbone pour les musées pour aboutir à des données consolidées comparables entre les institutions. « Un des freins à la normalisation des pratiques est l’absence de standards internationaux et l’hétérogénéité des modes de calcul de notre impact carbone », explique Émilie Girard, présidente d'ICOM France. Et Laurence Périllat de nuancer : « La norme va arriver. Mais dans un environnement aussi codé et contraint, il est plus positif d’agir sur les modes d’organisation. De plus, le bilan carbone est l’arbre qui cache la forêt, car il ne prend pas en compte la gestion des ressources. » La multiplicité des initiatives cache les difficultés à automatiser le changement de fonctionnement induit par l’écoconception. « Les initiatives sont aujourd’hui très dispersées, note Émilie Girard. On avait besoin de ces pionniers pour lancer le mouvement. Mais désormais, il nous faut des tutelles volontaristes. »
Vers des standards internationaux ?
Pour pallier l'absence de cadres clairs, ICOM France a développé des lignes directrices en matière de développement durable, tandis qu’elle décline en France le programme de Ki Culture, destiné à réviser les normes de conservation pour réduire la consommation énergétique des établissements. Le réseau français n’est pas le seul à vouloir fédérer. La fédération des professionnels du monde de l’exposition XPO a, elle, publié un manifeste de 50 propositions, fruit d’une démarche globale sur l’écoresponsabilité des expositions. Pour conduire ces changements dans un milieu institutionnel et administratif, des ponts sont jetés avec l’AFNOR, organisme de formation, qui, depuis 2022, a monté un groupe de travail dédié. Mais ces initiatives restent cantonnées à l’échelle nationale quand le monde muséal est régi par la circulation planétaire des collections. « On a besoin d’accords internationaux sur les règles de convoiement, les normes de conservation… Les grosses organisations internationales doivent faire ce travail de mise en commun, qui plus est à l’heure où la question environnementale est parfois contestée par de grandes puissances, conclut Émilie Girard. Nous sommes au milieu du gué : aux professionnels d’accroître le mouvement. »

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© Photo Claire Panizzolo 2025, Tous droits réservés.

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