Le terme « biennale » est ambigu. Dans son acception la plus répandue, c'est une réunion non commerciale d'artistes contemporains, sélectionnés par une équipe de curateurs. Si on lui adjoint un qualificatif - par exemple « des antiquaires » - cela devient une foire commerciale, réunissant des exposants, souvent prestigieux, souvent spécialistes d'art ancien. La jeune Biennale de Djeddah, dont c'est la 2e édition, après celle de janvier 2023, brouille les pistes. Elle présente bien des artistes contemporains, notamment sous les hauts parapluies dessinés par Gordon Bunshaft et Fazlur Khan (agence SOM), récompensés par le prix d'architecture de l'Aga Khan en 1983, autrefois terminal des pèlerins pour La Mecque (nous sommes sur le site de l'aéroport). Mais son point fort est en réalité le rassemblement, sous la coordination de Julian Raby, spécialiste britannique, de chefs-d'œuvre de l'art islamique. Ils sont disposés dans trois pavillons parfaitements scénographiés par l'agence OMA de Rem Koolhaas et par l'architecte japonais installé en France Tsuyoshi Tane, en respectant les conditions muséales de lumière, de température et d'hygrométrie d'un climat subtropical (record à 52°C en 2010). Les deux volets fonctionnent de manière à peu près autonome, si l'on excepte les quelques installations d'artistes contemporains commandées pour les sections d'art ancien - avec des réussites variées. Si la variation sur l'astrolabe de Mehdi Moutashar, artiste de Babylone (né en 1942), installé depuis longtemps en France, demande une médiation pour en comprendre les enjeux géométriques, les…
La Biennale de Djeddah marie patrimoine et art contemporain

© Photo Marco Cappelletti/Courtesy Diriyah Biennale Foundation.
Sous un titre - « Et tout ce qui est au milieu » - tiré du Coran et qui entend démontrer que le royaume saoudien est un carrefour de cultures -, la 2e Biennale de Djeddah dépasse son simple intitulé « d'arts islamiques » et tente une synthèse complexe entre passé et présent.