Les Ateliers Jean Nouvel (AJN) ont, pendant de longues années, connu une gestion financière chaotique, et notamment de majeurs détournements de fonds par ses gestionnaires (et non Jean Nouvel qui ne fait pas l'objet d'une instruction). C'est son ancien directeur administratif et financier, Gérard Juteau, qui le dit lui-même dans une longue enquête publiée le 24 février par Libération, révélant la décision du parquet de Paris, en décembre dernier, de renvoyer en correctionnelle l'ex-salarié, ainsi qu'une ancienne comptable, suite à la clôture de l'enquête. Un nouveau rebondissement parmi les multiples secousses qui émaillent l'histoire de l'agence créée autour de l'architecte star, auteur depuis près de 40 ans de dizaines d'édifices dans le monde, de l'Institut du monde arabe à Paris à l'Opéra de Shenzhen. En janvier, AJN a fini de rembourser ses dettes après une procédure de sauvegarde menée par le tribunal de commerce de Paris. Mais après plus de dix ans de procédure, le procès qui vise Gérard Juteau, mis en examen depuis 2017 pour « abus de confiance », devrait permettre de mettre au jour les mécanismes, dans l'agence, de « présumés détournements massifs commis pendant plusieurs années, sur fond de fausses factures », selon Libération, qui évoque un préjudice total de 25 millions d'euros. Parmi ses bénéficiaires, Michel Pélissié, ancien directeur général d'AJN, aurait détourné d'importantes sommes : en 2014, la société portait plainte contre lui, notamment pour « abus de bien social » et « escroquerie », et Jean Nouvel pour « abus de confiance ». Décédé en 2022, Michel Pélissié ne sera pas jugé pour ces faits. Autre zone grise : la confusion à grande échelle entre frais personnels et frais professionnels que pratiquerait Jean Nouvel lui-même, en particulier pour rénover ses divers logements. Selon Gérard Juteau, « c’était un abus de bien social permanent. (...) Je dissimulais dans les écritures les frais trop importants de Jean Nouvel pour ne pas alerter le commissaire aux comptes ». Contactés, Jean Nouvel et AJN déclarent : « Les dépenses présentées comme somptuaires sont en réalité indispensables au développement commercial d’une agence d’architecture de ce niveau et nécessaires aux relations avec des clients internationaux de premier rang. » L'architecte, qui n'est pas mis en examen, est placé sous le statut de témoin assisté pour le procès qui s'annonce.
Procès en vue pour d'anciens salariés des Ateliers Jean Nouvel

Jacques Witt/SIPA